Témoignage d’un mutant

Lettre de l’ANDAC N°0 - Décembre 1997
mardi 30 décembre 1997
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Après un peu moins de dix ans passés en agence comptable (dans la branche Maladie), j’ai choisi de quitter cette filière pour prendre une fonction de Directeur (dans la branche Famille). Somme toute, mon expérience est limitée par rapport à certains collègues Agents comptables. Elle est tout de même riche d’enseignements.

J’ai eu la chance de débuter dans le métier comme Fondé de pouvoir d’un organisme important avec un remarquable Agent comptable en la personne de Serge Moysset.

On dit que l’essentiel pour un Agent comptable, c’est d’avoir un bon Fondé de pouvoir. Mais, quand on arrive dans la profession, c’est aussi très appréciable d’avoir un bon Agent comptable.

En tout cas, cela vous permet d’aborder la responsabilité pleine et entière de la fonction en toute sérénité. Et j’ai eu la possibilité d’exercer cette fonction avec deux Directeurs successifs, dans un contexte de collaboration au fonctionnement général de l’organisme.

Pour reprendre la formule d’Antoine Chataignier, j’étais un agent de direction à part entière. J’ai même eu l’occasion d’appliquer, avant le décret du 10 août 1993, l’article D 253-9 en prenant en charge des projets bien éloignés de la comptabilité, comme le développement du management participatif.

Certes, ma carrière d’Agent comptable s’achève (provisoirement ?) sur une touche un peu moins agréable, à savoir la mise en cause de ma responsabilité personnelle et pécuniaire. Mais cela appartient aussi à la richesse de l’expérience et, au-delà de ce que nous avons pu en dire avec mon collègue Alain Chazaud à Nîmes devant les Agents comptables de la branche Maladie, je souhaite que chacun puisse en retenir ceci : la responsabilité personnelle et pécuniaire existe, elle fait partie des risques (qu’il convient de réduire bien sûr) du métier et ce n’est pas, comme certains Directeurs le craignent peut-être encore, un fantasme ou une chimère qu’on agite pour le plaisir.

Bref, Agent comptable est un métier (une vocation ?) très formateur, passionnant et un peu risqué. c’est ce qui en fait l’intérêt. Et puis il mène à tout (à condition de savoir en sortir), même aux postes de Directeur. La preuve en est que cette (unique) expérience d’agent de direction a été reconnue comme suffisante par le Comité des Carrières, un Conseil d’Administration d’organisme et un Directeur de Caisse Nationale pour me confier la responsabilité d’une direction de caisse.

Alors, pourquoi ce métier serait-il menacé ? Mon interrogation part d’un constat : la lecture du dernier ordre du jour du Comité des Carrières où aucun candidat ne s’est manifesté sur cinq postes actuellement vacants, tous Agents comptables (dont le mien).

Certes, on peut éventuellement se "rassurer" en soulignant qu’en fin d’année, le vivier se réduit. Le constat demeure.

Il se double d’une impression plus subjective selon laquelle cette question est implicitement (ou clairement) posée à des nioveaux élevés de nos structures. Face à cela, je serais d’un optimisme raisonnable, teinté de vigilance soutenue.

Que je sache, les fonds gérés par la Sécurité sociale conservent un caractère public (l’évolution de certains modes de financement aurait plutôt tendance à l’accroître) et les masses financières en jeu ne cessent d’augmenter.

Dans ce contexte, les principes de séparation et de responsabilité personnelle et pécuniaire issues de la comptabilité publique ont, me semble-t-il, encore de l’avenir.

Certes, le décret du 10 août 1993 et la mise en oeuvre du contrôle interne sont venus un peu perturber cette certitude.

En théorie, je ne sais pas ce qu’implique une responsabilité administrative conjointe du Directeur et de l’Agent comptable dans le cadre du contrôle interne.

En pratique, mon expérience prouve qu’elle n’interdit pas (au contraire) de mettre en cause la responsabilité personnelle de l’Agent comptable.

Mais, au-delà des textes, l’Agent comptable a une opportunité d’asseoir sa fonction, sous réserve de prendre quelques précautions. Tout d’abord s’interdire tout enjeu de pouvoir : je l’ai toujours dit, pour moi, il n’y a qu’un "patron", c’est le Directeur (même si on peut gloser sur le rôle des tutelles, notamment des Caisses Nationales). Ensuite, au-delà de ses obligations et responsabilités, l’Agent comptable doit accepter, voire solliciter, une association dans le fonctionnement général de l’organisme.

Bien sûr, cela renvoie au mode de management du Directeur, mais, personnellement, je ne conçois pas de fonctionner autrement qu’en équipe de direction.

Dans la grande majorité des organismes, c’est sans doute la réalité. Malheureusement, il y a quelques exceptions qui, montées en épingle, desservent la profession (le discours est valable dans les deux sens) et surtout l’Institution : n’oublions pas que les défis sont ailleurs que dans nos querelles de clocher.

En tout cas, même si des collègues m’ont déjà fait remarquer que les pires Directeurs (pour les Agents comptables !) sont les mêmes Agents comptables, je continuerai à défendre la nécessité d’un Agent comptable clairement positionné au sein de l’équipe de direction et garant du respect de la légalité.