Courrier de l’ANDAC, adressé à la Présidente du Comité des carrières

jeudi 21 décembre 2006
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Madame E. Jeandet-Mengual

Présidente du Comité des carrières

UCANSS, 18 avenue Léon Gaumont, 75020 PARIS

Objet : rencontre avec les associations de directeurs et d’agents comptables

Lyon, le 21 décembre 2006

 

 

Madame la Présidente,

 

 

Dans le cadre des dispositions visées à l’article R.217-8 du code de la sécurité sociale, vous avez reçu l’ANDAC et les associations de directeurs, le 15 décembre dernier, pour échanger avec leurs représentants sur l’activité du Comité des carrières des agents de direction.

 

Je vous remercie de votre accueil et vous réitère l’intérêt que portent les dirigeants d’agence comptable des organismes de sécurité sociale à la mission qui vous est confiée. Mission d’évaluation d’une compétence professionnelle et managériale en regard d’une démarche de candidature à des fonctions dirigeantes dans nos caisses locales et régionales. Mission à laquelle répondent les termes d’objectivité et d’équité, valeurs de service publique parfois oubliées dans un passé encore récent.

 

Cet intérêt justifie le présent courrier. L’exercice auquel vous nous avez convié nous a certes permis d’établir un réel dialogue sans pour autant développer pleinement l’analyse de l’ANDAC. Celle-ci tend à réconcilier deux approches.

 

La première de ces approches est fondée sur l’analyse de situations individuelles portées à la connaissance de notre Association. L’objet de la réunion ne se prêtait pas à une revue de détail de candidatures dont votre perception ne s’accorde pas toujours à la nôtre. Dans le respect de vos prérogatives, il aurait pu être parfois intéressant d’apporter un éclairage croisé sur tel ou tel candidat à un poste de directeur ou d’agent comptable. La connaissance que nous avons des personnes, de leurs réussites effectives voire de leurs échecs, peut nuancer parfois sensiblement le contenu d’un dossier même parfaitement documenté.

 

La seconde renvoie à une " doctrine " qu’il m’apparaît important de vous situer sans prétendre évidemment vouloir l’imposer à quiconque. J’en amène volontiers le principe à travers une remarque livrée par un collègue – HEC et EN3S, ancien directeur financier et aujourd’hui agent comptable – qui s’étonnait de certaines désignations de cadres dirigeants à la sécurité sociale. Pour cet observateur averti des pratiques du secteur privé concurrentiel, la dimension stratégique du recrutement des dirigeants appelle des méthodes innovantes d’évaluation.

 

L’ANDAC se retrouve dans cette proposition qui articule à une définition régulièrement actualisée des fonctions, l’adaptation permanente des critères de détection des meilleurs potentiels.

 

Les fonctions d’abord. Certains membres ou observateurs pourtant éminents de notre Institution s’étonnent de l’importance accordée à la fonction d’agent comptable, expression, il est vrai, surannée et qui reflète mal l’activité réelle de ceux qui l’exercent. Ainsi que je l’ai indiqué en séance, si notre activité ne se limitait qu’à des enregistrements comptables au visa de pièces et en regard d’une norme, cette perception serait peut-être recevable, quoique… Tous nos responsables institutionnels devraient pourtant aujourd’hui savoir que la fonction d’agent comptable est devenue, au-delà d’une mission essentielle de tenue des comptes et de gestion de la trésorerie, celle d’un manageur du risque et de la qualité.

 

Manageur du risque à travers le développement du contrôle interne auquel l’agent comptable se trouve étroitement associé non pas seulement par la responsabilité spécifique qui est la sienne mais en raison des outils qu’il peut mettre en œuvre et de son périmètre d’intervention, lequel se confond dans l’espèce avec celui de l’organisme dont il est l’un des cadres dirigeants. A ceux qui ne verraient dans ce management du risque qu’une simple formule, l’ANDAC leur oppose volontiers l’intérêt du Parlement pour cette dimension du management stratégique de la sécurité sociale ; intérêt matérialisé notamment dans les deux dernières lois de financement de la sécurité sociale.

 

Manageur de la qualité en parallèle avec la mise en place des dispositifs de validation et de certification des comptes. La sécurité sociale abandonne la tradition d’une reddition des comptes qui ne disait pas son nom au profit d’une démarche plus contraignante de certification qui appelle le développement d’une culture de la qualité dans tous les compartiments d’activité d’une caisse locale ou régionale. Ici encore, les enjeux sont extrêmement forts tant vis à vis du Parlement que des instances supérieures de contrôle, la Cour des comptes tout particulièrement. Ici encore, les agents comptables sont attendus sur leurs capacités techniques et managériales à mettre en œuvre cette démarche qualité qui, dans certaines branches ou certains régimes, se complétera d’une certification de service.

 

On devine derrière ces enjeux les compétences à maîtriser et donc l’importance à accorder au choix des candidats à des postes d’agent comptable. On perçoit également – et ce n’est pas là, la moindre des choses – que la réussite de tels projets stratégiques puisse justifier pour les titulaires de la fonction de poursuivre, si ils le souhaitent bien entendu, leur carrière sur un poste de directeur. Ne pas enfermer ses dirigeants dans un " corps " ou une spécialisation statutaire : voilà l’une des richesses de notre Institution et la garantie pour celle-ci de disposer d’un réservoir de " hauts potentiels ", femmes et hommes également animés d’une éthique de service public. Je déclinerai volontiers cette proposition en direction de certains collègues aujourd’hui fondés de pouvoir et qui pourraient s’investir sur un poste d’agent comptable, forts d’une expérience réussie en comptabilité et trésorerie et d’une compétence démontrée dans la gestion des équipes et le pilotage des projets.

 

En bouclage de ce propos, deux conclusions semblent s’imposer :

 

La première est que la valeur intrinsèque du candidat doit primer sur toute autre appréciation de la part des acteurs appelés à participer au processus de sélection. Valeur intrinsèque perçue tout autant par la personnalité que par la compétence professionnelle. Valeur du candidat que les grilles actuelles d’appréciation ne permettent pas toujours de reconnaître, ainsi que je vous l’ai indiqué. L’ANDAC forme le vœu d’une meilleure prise en compte des traits spécifiques à la fonction comptable pour les candidats qui en sont issus, y compris lorsqu’ils aspirent à une fonction de pleine direction.

 

La seconde est qu’il faut maintenir à notre Institution, cette richesse que lui confère la faculté pour les candidats aux postes de dirigeants, de passer précisément d’une fonction à une autre, voire d’une branche ou d’un régime à un autre et naturellement d’une région à une autre. Beaucoup d’entre nous ont géré cette diversité. Elle est exigeante sur le plan personnel, familial et professionnel mais elle demeure une garantie de qualité et de performance pour notre Institution.

 

Comme il est d’usage à l’ANDAC, ce courrier sera mis en ligne sur son site http://www.andac.info/ . Nous ne manquerions d’y ajouter la réponse que vous souhaiteriez apporter à la présente. Je ne doute pas qu’elle intéresserait vivement l’ensemble des responsables comptables – mais aussi des directeurs – de caisses qui consultent régulièrement ce site.

 

Je vous prie de croire, Madame la Présidente, à l’assurance de ma respectueuse considération.

Le Président

O. DERVILLERS